Le Corps et le Souffle, la respiration en Sophrologie

La respiration occupe une place importante dans les thérapies psychocorporelles. Les approches de Jacobson et de sa relaxation progressive, d’Alexander et de sa rééducation posturale ou encore la méthode de Feldenkrais pour ne citer qu’elles, ont pour point commun la respiration. Les convergences de ces approches pour la respiration traduisent l’idée que le travail respiratoire est un levier thérapeutique majeur. La Sophrologie a également placé au cœur de sa pratique des techniques respiratoires, condition sine qua non de sa méthodologie. Respirer semble pourtant un automatisme de tous les jours, en quoi cela est-il central ?

Histoire du souffle

Depuis plusieurs millénaires, en orient et notamment en chine avec le taoïsme ou en Inde avec le pranayama, la respiration constitue le meilleur moyen de mobiliser l’énergie vitale du corps. Bien plus tard en occident au 5ème siècle av. J.-C.., la médecine grecque d’Hippocrate dessine les contours anatomiques de l’appareil respiratoire, qualifie ses difficultés « d’orthopnées » et suggère que la respiration participe au rafraîchissement du corps. La physiologie de l’appareil respiratoire se perfectionnera au fil du temps grâce Avicenne vers l’an 1000 jusqu’ aux découvertes de Lavoisier au 18ème siècle qui lève le voile sur le gaz nécessaire à la vie, l’oxygène. Le rôle du dioxyde de carbone sera également étudié pour compléter la physiologie de la respiration cellulaire et aboutir à celle que l’on connaît aujourd’hui.

De l’orient à l’occident

Au début du XXème siècle, Jacobson élabore une technique, dite de relaxation progressive, centrée sur un relâchement musculaire segment par segment, où la respiration devient maîtrisée et favorise l’accès à la détente. Une inspiration profonde suivie d’une rétention de quelques secondes et d’un expire lent. Dans les années 60 aux États Unis, la respiration devient « respiration consciente » avec Léonard Orr et sa technique du Rebirthing. Toutes ces approches peuvent être classées comme ayant pour point départ une technique à visée physiologique (Jacobson, Jarreau, Klotz), mentale (Shultz, Ajuriaguerra, Sapir), ou globale (Alexander, Wintrebert) et ont comme outil privilégié la respiration. Ces apports ont contribué de manière non négligeable à l’élaboration des techniques respiratoires en Sophrologie.

De la nature aux techniques

Fait remarquable de la nature, la respiration est au carrefour entre le système nerveux autonome (végétatif) et le système nerveux volontaire (somatique). Cela rend possible les techniques respiratoires qui s’illustrent par le passage d’une respiration naturelle et spontanée à une respiration volontaire et contrôlée. Cette particularité suggère et c’est le parti pris empirique des approches psychocorporelles, que la respiration est un centre de régulation élémentaire. Des études objectivent aujourd’hui ses propriétés, notamment une harmonisation de la variabilité du rythme cardiaque, une réduction de la tension artérielle, du stress et de l’anxiété, et plus globalement une amélioration de la santé mentale.¹²³•

La respiration en Sophrologie

A. Caycédo s’est inspiré de ces différentes approches pour élaborer ses techniques dites « clé » ; Sophronisation de base vivantielle – Sophro-déplacement du négatif – Sophro-activation vitale. Celles-ci sont qualifiées de préparatoires et permettent d’accéder à la détente corporelle, mais préparent également à la vivance. La vivance est ici ce qui différencie la Sophrologie des autres techniques de relaxation en ce qu’elle engage un travail sur la corporalité pour développer la présence du corps dans la conscience. Dans ces techniques-clé, l’idée principale est de « synchroniser » la détente du corps avec la respiration. Celle-ci prend le nom d’IRTER en Sophrologie, acronyme de ; Inspiration – Rétention – Tension douce dans tout le corps – Expulsion – Récupération. En fonction de la méthodologie choisie, ces techniques respiratoires permettent de mobiliser les tensions dans le corps ou les sensations désagréables pour les faire « circuler », ou bien activer nos ressources (énergie, vitalité, capacités). Cette façon de procéder n’est pas sans rappeler les approches orientalistes du souffle comme interface énergétique entre le monde externe et le monde interne et dont la Sophrologie s’est inspirée.

Perspectives

Les techniques respiratoires sont le fruit d’une tradition millénaire. Elles permettent, suivant le degré de maîtrise, de redécouvrir un moyen simple pour réguler la physiologie du corps et de nous ouvrir aux lois du vivant reposant sur le mouvement et l’échange. Ainsi, la respiration nous laisse envisager l’un des meilleurs moyens pour mobiliser sur un plan dynamique le corps humain et assurer le trait d’union nécessaire entre sa réalité physique et sa dimension existentielle.

Mehdi AMINI

¹ Insomnie chronique et biofeedback par cohérence cardiaque, Médecine du Sommeil, Volume 13, Issue 4, December 2016, Pages 157-165

² L. Herrero et al » Breathing above the brain stem: volitional control and attentional modulation in humans,Journal of Neurophysiology, vol. 119, pp. 145-59, 2018.

³  C. R. Fox et al., Functional neuroanatomyof meditation,Neuroscience and Biobehavioral Reviews, vol. 65, pp. 208-228, 2016. 

Sharman et al., The cerebral cost of breathing: an FMRI case-study in congenital central hypoventilation syndrome, PLoS ONE, vol. 9, pp. HO, 2014.

• https://www.ncbi.nlm.nih.gov/pmc/articles/PMC3111147/

Aller plus loin :

Patrick-André Chéné (2019), Sophrologie – Fondements et méthodologie Tome 1, ELLEBORE.

Michel Heller (2015), Psychothérapies corporelles : Fondements et méthodes, Brochet

Swami Saradananda (2011), L’art de la respiration, Brochet

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